Après une matinée sous un ciel hésitant en ce dimanche 21 juin 2009, je sors de chez moi histoire de profiter de l'ambiance de la fête de la musique.

Mais en fait... Qu'est ce que la fête de la musique ? Une manifestation annuelle, ayant lieu le jour du solstice d'été depuis 1982 et dont le but est (était ?) de permettre aux musiciens français de tous niveaux de pouvoir exprimer librement leur talent dans la rue ! Bel élan de générosité, expression de la grandeur d'un pays pour lequel le mot culture s'écrit avec un « c » majuscule... Ce supposé point d'orgue de la vie musicale en France n'est en fait que l'arbre servant à masquer une bien triste forêt, ravagée par les incendies volontaires du conformisme et du conservatisme.

Premier contact en sortant de mon immeuble, un bagad a envahi la rue et des gens se livrent à des pas de danse traditionnelle sous mon oeil incrédule. 16H30, tout commence bien. Quelques enjambées sur la rue des Pyrénées me permettent de voir l'installation de groupes en face de cafés ou sur de petites scènes. Une ou deux petites formations acoustiques se produisent au détour d'une rue.

Cette incroyable vision de liberté me rappelle qu'il y a moins de deux mois, j'étais attablé à une terrasse de la butte Montmartre, au beau milieu de l'après midi, lorsque deux saltimbanques firent leur apparition. L'un portait un guitare, l'autre une contrebasse. Ils se mirent à jouer quelques notes de jazz manouche, pris entre les conversations des clients des deux cafés de la place, le va et vient des touristes et celui des voitures en contrebas. En tendant l'oreille on pouvait distinguer les accords au milieu du brouhaha de la rue. En tendant l'oreille.... Il aura pourtant fallu moins de dix minutes, montre en main, pour qu'une patrouille de police vienne les prier poliment (l'arme à feu à la ceinture) mais fermement (la main sur la matraque) de remballer leurs instruments et de passer leur chemin. Ces deux la auront pu remettre ça ce dimanche sans être ennuyés. A présent, rendez vous avec eux dans 364 jours.

Mes déambulations m'amènent vers le parc des Buttes Chaumont... Calme plat. Le canal de l'Ourcq est noir de monde mais les groupes n'y rivalisent pas de décibels. Il y en a deux tout au plus le long des quais. Une escale dans le 12eme, le temps de vérifier que ce quartier est bien l'un des plus morts de la capitale puis retour vers le 20eme et le 19eme. Rien de très réjouissant. Quelques groupes jouent, sans grande conviction, un répertoire de reprises attendu. Les sound systems house/techno semblent avoir le vent en poupe cette année et les djs s'imposent comme les maîtres à danser du moment. La fin de soirée marque mon retour sur les bords du canal de l'Ourcq où les stands de merguez restent plus nombreux que les propositions musicales. Alors, en effet, j'aurai pu choisir de passer par Menilmontant, Oberkampf, République, Bastille et Châtelet, mais j'ai toujours préféré la bonne surprise d'un quartet de jazz inspiré, rencontré par hasard à l'angle d'un petite rue, ou l'enthousiasme d'un jeune groupe de rock se produisant dans un café loin des grosses artères. Jusqu'alors je n'avais jamais été déçu. J'ai pourtant passé un très bon dimanche, mais celui ci ne restera pas dans mon souvenir pour les émotions musicales qu'il m'aura procuré. Cette édition 2009 de la fête de la musique semble marquée par une profonde usure de l'envie. Un « ras le bol » de prendre part à ce jeu de faux semblant. Finalement, il n'y avait peut être pas de quoi fêter la musique en France cette année et, privé de trop de feuilles, l'arbre n'aura pas caché grand chose de cette réalité.

Serai-je mauvaise langue pour critiquer ainsi, à tout va, la richesse et le dynamisme du paysage musical français ?

Admettons.

Notez tout de même que, conformément au souhait du Président de la République, ce sera Johnny Hallyday qui fera vibrer les parisiens pour le concert du 14 juillet 2009... Tant d'audace, ça ne s'invente pas.

G.M.